Le management facile

Veillant toujours pour vous, je passe régulièrement à l’ENSSIB pour surveiller l’avancée des travaux et vérifier que personne ne touche aux livres sacrés de la bibiothèque. J’ai ainsi constaté que nous n’étions pas seuls dans l’univers !!

En effet, l’ENSSIB est enfin habitée d’entités différentes de nous, petits conservateurs. Après une enquête longue et minutieuse (planques dans les rayons de la bibliothèque, déguisements particulièrement retors dont le plus réussi – après une machine à café particulièrement ressemblante – a été, je l’avoue sans fausse modestie, ma transformation en incunable), je suis en mesure d’affirmer qu’il s’agit là d’étudiant/e/s de Master et/ou de futur/e/s bibliothécaires. Or, du fait des travaux précédemments évoqués, lors de notre retour dans notre maison mère dans à peine quelques jours, nous serons tous réunis dans l’espace vital que nous avions envahi l’an passé.

Il m’a semblé opportun de donner ici quelques pistes pratiques pour que la confrontation se passe au mieux pour nous, conservateurs en formation : nous sommes en effet amenés à vivre ensemble, et nous serons sans doute aussi amenés parfois à diriger des équipes constituées de tout ce petit monde merveilleux. Il va donc falloir tenir notre rang et faire illusion, ce qui consiste à parvenir à faire penser aux membres de nos équipes que nous sommes le chef parce que nous sommes le chef…

Les actions à mener se situent à mon sens sur deux plans :

1/ l’aspect visuel : si l’habit ne fait pas le moine, il fait au moins la tonsure. Donc, terminé le relâchement, haro sur la liquette froissée, le cheveu en bataille, la barbe rapeuse, le short douteux. Place à la soie, à la laine, aux étoffes riches et chamarrées, aux coupes fraîches et libérant des oreilles récurées, aux peaux lisses, entretenues, décapées. Le chef, entendez le conservateur, doit aussi avoir le jarret souple, l’haleine fraîche, le bras rond et musclé, le corps sinon parfait, du moins y ressemblant. On en déduira facilement qu’agapes, saouleries et autres débauches dont je ne veux parler ici doivent cesser, pour le bien de tous, et l’image de notre profession, et être derechef remplacées par de saines et vigoureuses gymnastiques matinales pratiquées en groupe dans l’écrin verdoyant du parc de la Tête d’Or

2/ le discours : plus d’onomatopées, de grognements, de rires plus proches de l’éclat que du sourire courtois et retenu. Plus de paroles oiseuses, de débats creux, de phrases vaines. TOUT ce qui sort de nos bouches doit à présent inspirer le respect, et l’on prendra soin de changer son vocabulaire. A titre d’exemple, on ne dira plus “Tiens je vais me taper un jus histoire de me réveiller” mais “Ma foi, continuons un peu plus loin cette disputatio autour de la problématique de l’indexation et de la torréfaction.” De même, on ne dira plus “Je crois que je n’ai pas trouvé de doc sur ce sujet à la c…” mais “Dans notre société d’hyper-information, je me sens comme submergé“.

Bien entendu, selon son état, chacun et chacune d’entre nous entreprendra sa propre petite révolution personnelle. L’important est d’être prêt pour la dernière semaine de novembre. Mettez-vous en train : ces petits gestes n’ont l’air de rien, mais ils peuvent faire beaucoup au moment crucial, lorsqu’il s’agira de convaincre d’éventuels futurs collaborateurs que non, vous n’êtes pas là par hasard et que oui, les choses sont ce qu’elles sont parce que la Dame Nature est bien faite.

Amen.

PS : ces lignes se lisent évidemment au prisme de l’humour.

15 thoughts on “Le management facile

  1. – Mode Troll on –

    “Terminé le relâchement, haro sur la liquette froissée, le cheveu en bataille, la barbe rapeuse, le short douteux”

    Des noms, des noms !!!!

  2. Excellente idée, frère Xavier ! Et du chant grégorien (nous chanterons gloire à Dewey) dès matine. Depuis le temps que je rève d’être un moine paillard 😉 euh non, j’oubliais de suivre mes propres conseils… Depuis le temps que je rêve de célébrer Dewey comme il se doit…

  3. Quoi? Est-ce que ça veut dire qu’il faut renoncer aux sorties au Palais de la bière??? Pourtant, la bière, les moines, tout ça ne me paraît pas incompatible…

  4. Et les andouillette du Palais de la bière? Comment tu les cases dans le “séminaire transversal portant sur la levure publique”? (je ne parle même pas des super bonnes frites maison… Hummmm).

  5. Aaaaaaaaaah les shorts douteux… Voudrais-tu parler de celui que Maxime arborait l’été passé et qui avait pour le moins causé l’émoi de plusieurs d’entre nous (garçons et filles, ils se reconnaîtront) ?
    Il ne faudra donc plus dire “Maxime a un short ras-les-fesses” mais “ce conservateur stagiaire expérimente une nouvelle technique de conquête des publics en milieu estival”…
    Ca y’est, je parle le conservatlang ?

  6. Mon bon :
    1/ je ne pensais à personne en particulier, la figure du short était de pure rhétorique !
    2/ tu me sembles en bonne voie sur la voie du conservatlang : peut-être qu’un dictionnaire de ce nouveau langage, édité sous le patronage de la noble école dont tu proviens, est envisageable ?? 🙂

  7. Hé bien, j’espère que vous transformerez ces augustes lieux en abbaye de Thélème plutôt qu’en monastère trappiste!
    Vous verrez que la réelle transformation du loup-garou enssibien se fera sans hurlement dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2007 (2008 pour les redoublants potentiels). Vous serez les premiers supris de ne plus émettre de gros mot de votre gosier en salle de réunion, vous allez de votre propre chef et de manière convaincue utiliser les mots de “tranversal”, “mutualisation”, “slides”, alors que vous vous gaussiez en amphi dès qu’ un intervenant en usait, vous allez rester enchaîné à votre fauteuil de conservateur de 9h à 20h sans voir défiler les heures, enrichir Picard la nuit venu – les bouchons ne seront plus qu’un lointain souvenir- , cauchemarder la nuit d’Yvette qui ne bulletine pas assez vite et que les éditeurs électroniques mettent au clou votre agrafeuse car vous ne saurez pas comment les payer à la fin de l’année…
    Profitez donc bien des andouillettes du Palais de la bière!!
    Claire
    P.S. : personne n’a de photo du short en question?

  8. Pour information, ce short – pardon, ce bermuda – est un collector – pardon, un incunable. Il a très exactement 17 ans (c’est pas proche de l’âge de certains d’entre nous, ça?).
    Dès que mes cheveux auront repris un peu de volume (vers le printemps prochain), je le ressortirai, si mes groupies m’en laisse l’occasion. C’est comme le suaire du Christ, ce short: chacun en veut un fil…

    ps: il me semble que Matthieu possédait également une collection de marcels assez fameuse. Peut-être pourrait-on envisager de faire quelques échanges, dès la belle saison revenue.

  9. 1/ On se croirait chez Emmaüs avec vos histoire de fripes…

    2/ En plus de porter un bermuda saint, est-ce que tu marches sur l’eau, Maxime ? Parce que si oui, c’est à inscrire dans ton CV, cela te sera particulièrement utile du point de vue professionnel (eh oui, un conservateur qui marche sur l’eau peut sauver les manuscrits précieux en cas d’inondation !)

    3/ Info “Fan de…” : Maxime sera à la Fnac Bellecour Samedi à 15h00, il y dédicacera sa nouvelle ligne de shorts.

    4/ Le management facile : ne pas dire “Une histoire du bermuda” mais “Short story”.

  10. Certes, je puis également faire visiter ma collection de marcels, perruques et platform shoes.
    Mais souvenez-vous que Dominique était aussi assez bien loti en la matière : je me souviens d’une conversation où il avait annoncé fièrement avoir acheté un lot de marcels blancs et bleus à un prix dérisoire en solde…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *